Sur la côte nord-ouest de la péninsule malaisienne, une île de 300 km² abrite l’une des expériences urbaines les plus surprenantes d’Asie du Sud-Est. Penang — et plus précisément sa capitale Georgetown, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008 — est un cas unique de ville qui a transformé sa propre histoire en atout touristique sans se folkloriser. Ses ruelles coloniales britanniques, ses shophouses chinoises aux façades décrépites et colorées, ses temples hindous coincés entre des immeubles à logements, ses mosquées qui voisinent avec des clan houses cantonaises — tout ici raconte cinq siècles de commerce maritime et de brassage culturel entre Chinois, Malais, Indiens et Européens. Et depuis 2012, des murales géantes peintes par un artiste lituanien nommé Ernest Zacharevic ont transformé les ruelles les plus ordinaires de Georgetown en destinations photographiques qui font le tour du monde. Penang est aussi, selon un consensus presque unanime parmi les voyageurs, le meilleur endroit au monde pour manger de la street food.
Georgetown : au carrefour des cultures de l’Asie
500 ans d’histoire maritime
Georgetown fut fondée en 1786 par le capitaine Francis Light de la East India Company, qui y vit le port naturel idéal pour contrôler le détroit de Malacca — la voie maritime la plus stratégique d’Asie du Sud-Est. La ville se développa rapidement grâce à l’afflux de commerçants chinois (principalement Hokkien, Cantonais et Hakka), de marchands indiens tamouls, de Malais et d’Européens qui y construisirent chacun leurs temples, leurs maisons de clan et leurs institutions culturelles. Ce melting-pot a produit une culture hybride — le Baba-Nyonya (ou Peranakan), mélange sino-malais — dont la cuisine, l’artisanat et l’architecture constituent l’un des patrimoines les plus originaux de la région.
Quand visiter ?
Penang se visite toute l’année — son climat tropical est chaud et humide (28-33°C) en permanence. La mousson du nord-est (octobre-janvier) apporte davantage de pluies sur la côte nord-est de l’île, mais rarement au point de perturber une visite de Georgetown. Le Chinese New Year (janvier-février) est un spectacle extraordinaire dans les quartiers chinois.
Le street art : les murales d’Ernest Zacharevic et les sculptures en fil de fer
En 2012, l’artiste lituanien Ernest Zacharevic fut invité par le Georgetown Festival pour peindre une série de murales sur les murs des bâtiments coloniaux de la vieille ville. Le résultat — des enfants qui jouent sur de vraies bicyclettes fixées au mur, des frères et sœurs qui font de la balançoire sur de vraies barres métalliques, une jeune fille qui tend la main vers un vrai ventilateur — déclencha une fascination mondiale et transforma Georgetown en destination de street art d’envergure internationale. D’autres artistes suivirent, et aujourd’hui plus de 50 murales couvrent les ruelles de Georgetown. En parallèle, une série de sculptures en fil de fer noir jalonnent un circuit pédestre dans la vieille ville — une façon subtile et poétique de raconter l’histoire de Georgetown par ses habitants.
La vieille ville coloniale : George Town UNESCO
La zone tampon classée UNESCO de Georgetown couvre 109 hectares de shophouses coloniales dont certaines remontent au XVIIIe siècle. La rue Armenian Street en est l’axe principal, bordée de clan houses chinoises, de temples et de galeries d’art. Le fort Cornwallis, construit par Francis Light en 1786, garde l’entrée du port. Le Penang Peranakan Mansion, musée installé dans la demeure d’un riche marchand Baba-Nyonya du XIXe siècle, offre la meilleure introduction à cette culture hybride fascinante.
La street food de Penang : la meilleure d’Asie ?
Le débat est ouvert et passionné, mais Penang revient systématiquement en tête des classements mondiaux de street food. L’explication tient à la diversité des influences : la cuisine Hokkien (char kway teow, laksa Penang, lo bak), la cuisine indienne tamoule (nasi kandar, roti canai), la cuisine malaise (nasi lemak, mee goreng mamak) et la cuisine Peranakan coexistent dans les mêmes hawker centres — les marchés couverts de food stalls où l’on mange pour 2 à 5 euros. Le char kway teow de Penang — nouilles de riz sautées au wok avec crevettes, germes de soja et œuf dans une sauce soja caramélisée — est considéré par beaucoup comme la meilleure version au monde de ce plat. Le laksa de Penang, soupe de nouilles au bouillon de maquereau et pâte de tamarin, est entré dans la liste CNN des 50 meilleurs plats du monde.
Les temples et la diversité religieuse de Georgetown
Georgetown compte plus de temples, mosquées, églises et synagogues par kilomètre carré que presque n’importe quelle autre ville d’Asie. Le temple bouddhiste Kek Lok Si, perché sur les collines à l’extérieur de la ville, est le plus grand d’Asie du Sud-Est — ses pagodes de 30 mètres et son Bouddha géant en bronze de 30,2 mètres dominent le paysage à des kilomètres à la ronde. Le temple Sri Mahamariamman, dédié à la déesse hindoue Mariamman, est un chef-d’œuvre de sculpture dravidienne en plein cœur de Little India. La mosquée Kapitan Keling, construite en 1801 par les marchands indiens musulmans, est un beau mélange de styles mogol et victorien.
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Pour découvrir les hawker centres que les touristes ne trouvent pas seuls, goûter le char kway teow du stall familial ouvert depuis 1940 et comprendre l’histoire de chaque plat dans son contexte culturel, un food tour guidé avec un local passionné est la meilleure introduction à Georgetown.
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Infos pratiques pour visiter Penang
Comment s’y rendre
L’aéroport international de Penang (PEN) est desservi depuis Kuala Lumpur (45 minutes, AirAsia et Malaysia Airlines, plusieurs vols par jour), depuis Singapour (1h15) et depuis quelques villes européennes via des escales à KL ou Bangkok. Depuis Paris, comptez 13 à 16 heures de voyage avec escale. Depuis Kuala Lumpur, on peut aussi rejoindre Penang en bus (4h30, environ 8 euros) ou en train via Butterworth (côté continent, puis ferry pour Georgetown en 15 minutes).
Budget et hébergement
Penang est l’une des destinations les plus abordables de toute l’Asie du Sud-Est. Comptez 30 à 80 euros la nuit pour un hôtel boutique dans une shophouse rénovée de Georgetown, 2 à 5 euros pour un repas complet dans un hawker centre, 1 euro pour un teh tarik bien mousseux. Le circuit street art se fait à pied en 2 à 3 heures — une carte gratuite est disponible dans les hôtels et l’office de tourisme.
Conclusion
Penang est l’une de ces destinations qui réconcilie les voyageurs avec l’idée que l’Asie du Sud-Est n’a pas encore tout révélé. Derrière la façade de Georgetown — vieilles pierres, odeurs de temple et vacarme des scooters — se cache une culture d’une sophistication et d’une originalité rares, construite sur cinq siècles de brassage entre les plus grandes civilisations commerçantes de l’Asie.
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